Gérer son argent
Le cours complet en une page
1. Introduction
On est le 15 du mois, et il ne reste plus que 87,42 € sur le compte. Ça va finir en pâtes. Et plus de sorties jusqu'à la fin du mois.
Enfin, plus de sorties... il y a quand même le macdo du vendredi soir. Franchement, c'est une tradition.
Tu te reconnais dans ce récit ? C'est peut-être pas le macdo. C'est le café du coin, la viennoiserie (on n'ouvre pas le débat pain au chocolat / chocolatine) avant de rentrer, le colis que tu te rappelles même plus avoir commandé. Tout le monde a sa version.
Ce n'est pas une question de salaire. Ça peut arriver si tu gagnes 800 euros ou 5000 euros par mois. Peut-être un crédit pour une nouvelle voiture. Du shopping, parce qu'il faut bien se faire plaisir.
>Chaque mois, tu as l'impression de travailler pour survivre. Et si on construisait l'épargne qui te permettra de respirer, même quand tu tombes ?
2. Comprendre ses flux
Pour savoir où on va, il faut d'abord savoir d'où on part. Ce qui rentre, ce qui sort, et ce qu'il reste au milieu.
Tes entrées
On pensera évidemment au salaire, mais il faut aussi inclure les indemnités (stage, maladie, chômage…), les aides sociales (APL, prime d'activité), l'aide des proches, un petit boulot en parallèle, les intérêts d'un livret, une revente Leboncoin, etc.
Pour les revenus irréguliers (primes, 13e mois, ventes ponctuelles, cadeaux, etc.), divise par 12. Comme on veut un budget mensuel, on a besoin de la moyenne par mois, pas d'une somme ponctuelle. Si tu as reçu 50 euros pour ton anniversaire, tu vas compter ce gain pour 50 / 12 ≈ 4 euros. Facile, non ?
On passe à tes chiffres ? Tu peux partir d'un profil type ou saisir les tiens directement.
Ces données ne quittent pas ton navigateur : rien n'est envoyé à un serveur. Elles sont sauvegardées localement (localStorage) pour que tu puisses reprendre là où tu t'étais arrêté. Voir la politique de confidentialité pour les détails.
Tes sorties
Prends ton relevé du mois dernier, ligne par ligne. Tu vas y trouver des abonnements oubliés, des restos qui n'étaient pas prévus, des petits achats qui semblaient gratuits mais qui, additionnés, pèsent bien plus que prévu.
Certaines dépenses peuvent être annuelles : révision voiture, contrôle technique, assurances, taxes, le dentiste, l'opticien, les cadeaux (fêtes et anniversaires). Quand elles tombent, elles cassent ton mois. Si tu vas deux fois par an chez le dentiste, additionne les coûts sur l'année puis divise par 12 pour l'intégrer à ton budget.
Et à ce stade, on voit apparaître ce qui crée de l'angoisse dans notre budget : les imprévus. Enfin, l'étaient-ils vraiment ? Regarde tes 2-3 dernières années. Pannes voiture, réparations d'appareils, soins non planifiés, périodes creuses entre deux boulots. Souvent, le schéma se répète. Lorsqu'on a un problème avec sa voiture une année, il y a des chances qu'on en ait aussi l'année suivante.
iQuelques imprévus qui peuvent tomber
- Panne mécanique de voiture : environ 700 € en moyenne, jusqu'à 3 000 € quand c'est une pièce lourde (moteur, embrayage, distribution) (SRA / idGarages, baromètre entretien automobile 2024).
- Remplacement d'un lave-linge ou d'un frigo : 400 € pour un modèle standard, 800 € pour du grand volume ou basse consommation. L'entrée de gamme démarre autour de 200 € mais tient moins longtemps.
- Panne de chaudière : 200 à 500 € pour un dépannage standard, jusqu'à 1 000 € si une pièce lourde est à changer. En remplacement complet, compter 2 500 à 5 500 € (plus cher sur un grand logement ou si tu passes à la pompe à chaleur).
- Soin dentaire hors panier 100 % Santé : 100 à 400 € de reste à charge sur une couronne, selon ta mutuelle. Un implant, c'est 1 800 à 2 500 € intégralement à ta charge (la Sécu ne le rembourse pas).
- Urgence vétérinaire : 70 à 150 € pour une simple consultation, 300 à 800 € si soins ou courte hospitalisation.
- Franchise d'assurance à avancer : 150 à 500 € en auto selon ton contrat (grosse franchise = prime moins chère), 380 € pour catastrophe naturelle (fixée par arrêté).
Fourchettes indicatives, liste non exhaustive.
Trois catégories :
- Dépenses essentielles : tout ce qui tombe quoi qu'il arrive et que tu ne peux pas couper du jour au lendemain (loyer, courses, transport, factures, santé, et si tu as des personnes à charge, tout ce qui va avec, enfants, parents, aide familiale).
- Crédits : prêt immobilier, crédit à la consommation (voiture, LOA, réserve d'argent). Contractuels comme les dépenses essentielles, mais avec leurs propres leviers pour être réduits (renégocier, rembourser par anticipation, refuser toute nouvelle offre). On les compte à part.
- Plaisirs : tout le reste, ce qui peut être coupé ou reporté sans que ce soit la panique.
Regroupe chaque dépense dans une des trois catégories ci-dessous.
Ces données ne quittent pas ton navigateur : rien n'est envoyé à un serveur. Elles sont sauvegardées localement (localStorage) pour que tu puisses reprendre là où tu t'étais arrêté. Voir la politique de confidentialité pour les détails.
Le point
Remplis d'abord tes entrées et tes sorties ci-dessus pour continuer.
Sources
- INSEE, Les salaires dans le secteur privé en 2024 (INSEE Première n°2079, 2025), insee.fr/fr/statistiques/8657156
3. L'épargne d'urgence
On va utiliser les chiffres du chapitre Comprendre ses flux pour construire ton épargne d'urgence.
L'épargne d'urgence, c'est ce que tu mets de côté pour respirer quand ça tourne mal et que tu as une dépense imprévue. Ta routine est peut-être bien huilée, tu as tes habitudes, tes sorties, tout ça rentre dans le budget. Mais le matin, en allant au boulot ou à l'école, la voiture ne démarre pas. On tourne la clé plusieurs fois, comme si ça changerait quelque chose. Aujourd'hui il n'y aura pas de miracle, juste un appel à l'assurance, et bien sûr la facture du garagiste. 2000 euros pour le changement d'une pièce dont tu ignorais l'existence... Aïe ! Où les trouver ?
Si tu te reconnais dans cette situation, tu n'es pas seul. Selon l'INSEE, plus d'une personne sur 4 en France ne pourrait pas payer une dépense imprévue de 1 000 €(1) sans s'endetter ou sacrifier autre chose.
De combien tu as besoin ?
En France, le chômage couvre 57 à 75 % de ton salaire brut(2), calculé sur la moyenne des deux dernières années. Bas salaire, tu es plutôt proche de 75 %. Haut salaire, plutôt autour de 57 %. Mais ce filet a deux limites.
Entre la perte d'emploi et la première indemnisation, il peut se passer d'une semaine à six mois selon ta situation.
Et si tes dépenses essentielles représentaient déjà 60 % ou plus de tes revenus, 57-75 % ne suffit plus à les couvrir. La situation peut durer. En moyenne, on reste 10 mois au chômage(3).
L'épargne d'urgence sert à combler ces deux limites : tenir avant indemnisation en couvrant tes dépenses essentielles, et compléter les revenus pendant ces mois où tu gagnes moins. Les plaisirs, eux, s'ajustent d'eux-mêmes : on n'attend pas la fin du mois pour couper le resto quand la paie ne tombe plus.
Il sert aussi hors chômage, pour tous les imprévus qu'on a vus au chapitre précédent.
Pour la construire, on va prendre trois choses en considération :
- Ton filet chômage
- La vitesse à laquelle tu retrouves un boulot dans ton domaine
- Le poids de tes dépenses essentielles
Ces données ne quittent pas ton navigateur : rien n'est envoyé à un serveur. Elles sont sauvegardées localement (localStorage) pour que tu puisses reprendre là où tu t'étais arrêté. Voir la politique de confidentialité pour les détails.
Ton budget n'est pas rempli. Retour au chapitre Comprendre ses flux →
Sources
- INSEE Focus n° 353, Privation matérielle et sociale en 2024 (2024), insee.fr/fr/statistiques/8562005
- Unédic, Dans quel délai vais-je être indemnisé et Différé d'indemnisation spécifique, unedic.org
- France Travail, Durée de chômage au 1er trimestre 2024, francetravail.fr
4. Construire sans se priver
Que ce soit pour construire une épargne ou réduire ton crédit, la méthode est la même : trouver quelles dépenses réduire pour dégager une marge.
C'est un peu comme un régime. Si tu en as déjà fait, ou si tu connais quelqu'un qui en a fait, tu connais la chanson. Au début, on est motivé. On fait attention à tout ce qu'on mange, jamais d'écart, on fait du sport deux heures par jour. On atteint l'objectif ! Et là… on reprend les vieilles habitudes.
Ce qu'on fait pour perdre des kilos en trop, on a tendance à le faire avec nos dépenses : adieu restos, adieu café, adieu sorties. Ça tient deux mois. Puis on craque, on se rattrape en pire ! Et l'épargne disparaît dans la foulée…
Un budget qui te fait souffrir ne tient pas dans le temps.
Voyons où tu en es
Ton taux d'épargne, c'est la part de tes entrées qui ne part pas en dépenses. C'est lui qui fait avancer ton épargne d'urgence, et le principal indicateur de la santé de ton budget.
En France, la moyenne nationale est autour de 17 %. Voici où tu te places.
Ton budget n'est pas rempli. Retour au chapitre Comprendre ses flux pour saisir tes chiffres →
Voyons où va concrètement ton argent. Le seul plafond strict à respecter, c'est 60 % max en dépenses essentielles. Au-delà, tu ne pourrais plus les couvrir sur ton chômage seul.
Ton budget n'est pas rempli. Retour au chapitre Comprendre ses flux pour saisir tes chiffres →
Renégocier les contrats invisibles
Les gros contrats se paient chaque mois sans que tu y penses. Ta mutuelle, ton forfait mobile, ton assurance auto, ton assurance habitation, ta box internet, tes abonnements applis. Beaucoup n'ont pas été comparés depuis leur souscription.
Voici où tu en es aujourd'hui :
Ton budget n'est pas rempli. Retour au chapitre Comprendre ses flux pour saisir tes chiffres →
Attaque-les d'abord, ce sont celles qui pèsent le plus dans ton budget.
Bloque une soirée, ouvre ton appli banque, filtre les prélèvements récurrents et note tout ce qui date de plus de douze mois. Chaque ligne devient une action : soit tu appelles pour renégocier (assurances, opérateur), soit tu résilies (abonnements non utilisés), soit tu compares (mutuelle, banque). Compte 20 à 100 €/mois de gains sans changer un seul de tes plaisirs.
Par exemple, les banques en ligne facturent souvent 0 € de tenue de compte, contre 3 à 8 €/mois dans les banques classiques. Le changement est pris en charge par ta nouvelle banque, qui transfère automatiquement tes prélèvements. Ça fait 60 à 100 € de gain sec par an, sans rien changer à tes habitudes.
Choisir tes plaisirs
Trois mécanismes te font dépenser sans que tu décides : la fréquence, la tendance, la flemme. Ils se cumulent : un café quotidien coche souvent les trois à la fois.
La fréquence
Se prendre un burger pour se réconforter après une journée épuisante, ça reste marginal. Un burger tous les jours, ou même toutes les semaines, c'est une autre dépense.
Les choses qu'on fait fréquemment deviennent des automatismes. L'intention s'efface. On a toujours fait comme ça, donc on continue. Ces habitudes cachent aussi d'autres dépenses : quand on passe au supermarché chaque jour après le boulot, on repart avec des trucs dont on n'a pas besoin.
La tendance
Ça t'est sûrement arrivé d'acheter sur un coup de tête, parce que tu étais dans un magasin en pleines soldes et que tu ne pouvais pas passer à côté. Sur le moment, tu pensais faire des économies. Une fois franchi le pas de la porte, tu regrettes déjà.
Il y a une variante plus douloureuse : les tendances à cycle court. Un objet fait le tour des réseaux sociaux, tout le monde le veut en même temps, il est en rupture partout. Tu arrives enfin à mettre la main dessus, un mois plus tard… la tendance est passée, dommage… bon, tu retenteras pour la prochaine tendance ?
La flemme
C'est le prix qu'on paie pour ne pas faire l'effort. Et les entreprises l'ont bien compris.
C'est une des raisons du passage massif à l'abonnement, notamment pour les logiciels : on paie une fois, consciemment, puis on oublie. Les plus vicieuses cachent même le bouton résiliation. On fait le tri : on garde uniquement les abonnements utilisés dans les 30 derniers jours.
Et si tu dépensais avec intention ?
Décider consciemment, au lieu de subir l'automatisme de la fréquence, de suivre la tendance ou de céder à la flemme.
Ralentir la dopamine
Il y a un mécanisme qui se joue à chaque achat : de la dopamine avec un effort minime. Que ce soit de nouveaux vêtements, le dernier téléphone ou même une formation, l'achat crée un sentiment de satisfaction. On pense déjà aux compliments qu'on va recevoir, à la satisfaction de commencer une nouvelle activité. Plutôt que de se définir par qui on est, par ses actions et ses pensées, on a tendance à se définir d'abord par ce qu'on a. Pour être un joggeur, on commence par acheter les chaussures adaptées, la tenue technique, la montre, avant même de savoir si on aime courir. L'objet précède l'usage, et parfois le remplace.
Au moment de l'achat, on a l'impression d'avoir fait une action : le premier engagement pour devenir sportif, pour apprendre une nouvelle langue, pour changer de téléphone. Sauf que le seul muscle qui a bougé, c'est le doigt qui valide la commande sur l'appli ou la main qui glisse la carte en boutique.
Il existe plusieurs remèdes à cette gratification immédiate. Ma recommandation (et mon expérience) : retarder la gratification de 30 jours avant d'acheter. Pendant ce mois, si l'objet est lié à une pratique (sport, langue, hobby), commencer avec ce qu'on a. Courir quelques fois avec les vieilles baskets et le jogging qui traînait au fond du placard, mais si, tu sais, celui qui sert de pyjama. Commencer à apprendre une langue avec une app gratuite avant de payer des cours. Si c'est un simple coup de cœur en boutique, il suffit d'attendre. Trente jours plus tard, si on y repense encore, c'est sans doute qu'on en a vraiment besoin. Sinon, l'envie sera passée toute seule.
Qu'est-ce que tu cherches vraiment ?
Pour savoir quoi réduire, il faut faire un pas en arrière et regarder ce qu'on cherche à travers nos dépenses.
Ton budget n'est pas rempli. Retour au chapitre Comprendre ses flux pour saisir tes chiffres →
Applique la question à chacune de ces trois lignes : qu'est-ce que tu cherches vraiment à travers cette dépense ? Puis regarde s'il existe un autre chemin pour l'obtenir.
Prenons le restaurant. Quand on y va, on cherche à passer un moment convivial et à bien manger. Première question à se poser : est-ce que le resto est la seule façon d'avoir ça ? Un pique-nique dans un parc, un dîner chez les uns et les autres, une session cuisine à deux. Chacun coche les deux cases, souvent pour bien moins cher, parfois pour un moment plus fort.
L'autre version de la sortie resto, c'est le fast-food. Ici le besoin est autre : manger vite quand il n'y a rien de prêt à la maison. La promesse implicite, c'était aussi « pas cher ». Elle s'est effritée avec le temps, chaque année.
Un plat cuisiné d'avance pour la semaine, un plat tout prêt du traiteur du coin, ou même les restes de la veille réchauffés. Même temps de préparation qu'un aller-retour au drive, souvent à moitié prix.
Pour le shopping, si après les 30 jours tu as vraiment décidé que tu avais besoin d'une nouvelle paire de chaussures, la seconde main coche la nouveauté et fait la moitié du prix. Un prêt entre potes aussi. Un seul objet choisi avec attention te fera plus d'effet que dix pris à la va-vite.
On pourrait multiplier les exemples, ça ne couvrirait pas tous les cas qui te concernent. Maintenant que tu vois le mécanisme, à toi de faire jouer ton imagination pour trouver tes propres postes d'amélioration (qui a dit qu'économiser ne demandait pas de créativité ?). Une fois que tu vois ce que tu cherches vraiment, tu vois aussi qu'il y a plusieurs chemins pour y arriver.
Se payer d'abord
La plupart des gens épargnent ce qui reste à la fin du mois. Le problème, c'est qu'il ne reste souvent rien. Les dépenses ont une tendance très forte à s'adapter au montant disponible.
Se payer d'abord, c'est inverser l'ordre. Dès que ton salaire arrive, tu mets ta part de côté. Avant de payer quoi que ce soit d'autre.
L'argent que tu ne vois pas, tu ne le dépenses pas. Ça ne repose plus sur ta volonté, ça repose sur un système : un virement automatique programmé le jour de ta paie, vers un compte séparé. Le chapitre suivant t'aide à choisir lequel.
>L'épargne, c'est ce qu'on décide de mettre de côté en premier. Le reste sert à vivre.
Sources
- *INSEE, Taux d'épargne des ménages(Comptes nationaux trimestriels, dernière valeur autour de 17-18 % en 2024-2025), insee.fr. Ce chiffre inclut le remboursement du prêt immobilier (compté comme construction de patrimoine).
5. Se protéger de l'inflation
Tu sais maintenant combien il te faut, reste à savoir où mettre cette épargne. Si tu pensais la mettre dans ton compte courant, tu perdrais du pouvoir d'achat chaque année. Voyons ensemble pourquoi.
L'inflation, ton voleur silencieux
L'inflation, c'est la hausse générale et durable des prix. Ta baguette d'un euro en 2020 en coûte 1,25 € en 2026. Comme le blé, l'électricité, le loyer de la boulangerie. Tout monte ensemble.
Sur les longues durées, ça pèse. Ce que tu pouvais acheter pour 1 000 € en 2000 t'en coûte environ 1 550 € en 2026 (INSEE). Environ 35 % de pouvoir d'achat perdu, sans que rien ne bouge sur ton compte.
Ton budget n'est pas rempli. Retour au chapitre Comprendre ses flux pour saisir tes chiffres →
Pour ton épargne d'urgence, ça change tout. Si tu laisses 5 000 € dormir sur un compte courant à 0 %, l'écran continue d'afficher 5 000 €. Mais dans cinq ans, ces 5 000 € ne t'achètent plus ce qu'ils achetaient. Elle fond sans que tu la voies.
Les livrets réglementés
Les livrets réglementés (LEP, Livret A, LDDS) sont des livrets d'épargne dont les règles (plafond, taux, fiscalité) sont fixées par l'État, pas par les banques. Ils sont défiscalisés : chaque euro d'intérêt te revient net, pas d'impôt sur le revenu ni de prélèvements sociaux. Ils couvrent l'inflation, mais ne te rendront pas riche.
Le LEP, si tu es éligible
Le LEP (Livret d'Épargne Populaire) est réservé aux personnes dont le revenu fiscal de référence est en dessous d'un certain seuil (autour de 22 419 € par an pour une personne seule en 2025, plus si tu as un foyer). Il rapporte davantage que le Livret A, souvent le double.
Vérifie ton éligibilité chez ton banquier ou sur service-public.fr. Si tu es éligible, c'est la première case à remplir.
Le Livret A
Le Livret A est le livret réglementé le plus universel en France. Ouvert à tout le monde, proposé par toutes les banques, l'ouverture est gratuite et prend 10 minutes.
Si le LEP n'est pas pour toi, c'est le socle standard de l'épargne d'urgence en France.
Le LDDS
Le LDDS (Livret de Développement Durable et Solidaire) a exactement les mêmes propriétés que le Livret A. Sans risque, défiscalisé, disponible immédiatement, même taux. La différence tient au plafond, plus bas, et à l'usage que l'État fait des sommes collectées (financement de projets durables et solidaires, plutôt que du logement social pour le Livret A).
Utilise-le comme complément quand tu approches du plafond du Livret A. Ensemble, tu peux stocker jusqu'à 34 950 € sans risque et sans impôts.
| Livret | Éligibilité | Plafond | Taux 2026 |
|---|---|---|---|
| LEP | Sous plafond de revenu | 10 000 € | 2,7 % |
| Livret A | Tout le monde | 22 950 € | 1,7 % |
| LDDS | Tout le monde | 12 000 € | 1,7 % |
Voici comment répartir concrètement ton épargne cible entre ces trois livrets, en fonction des plafonds :
Ton budget n'est pas rempli. Retour au chapitre Comprendre ses flux pour saisir tes chiffres →
Où NE PAS mettre ton épargne d'urgence
Certains produits ont l'air d'être une bonne idée mais ne correspondent pas aux critères d'une épargne d'urgence.
| Produit | Pourquoi pas |
|---|---|
| Compte courant | Intérêts nuls, tu perds contre l'inflation. Et tu es trop tenté d'y piocher. |
| Assurance-vie (fonds euros) | Le fonds euros, c'est le compartiment garanti d'une assurance-vie (pas de risque de perdre le capital). Retrait sous quelques jours à deux semaines. Les intérêts sont taxés à 30 % avant 8 ans, contre 0 % pour les livrets réglementés. L'avantage fiscal ne se déclenche qu'après. |
| PEL | Bloqué 4 ans minimum sous peine de perdre les avantages (prime d'État, taux d'emprunt garanti). À réserver à un achat immobilier. |
| PEA, ETF, actions, cryptos | C'est de l'investissement. La valeur peut baisser au moment précis où ton épargne doit servir. À réserver pour le long terme, une fois l'épargne d'urgence en place (sujet du cours Investir à venir). |
Que faire maintenant
Commence par vérifier ton éligibilité au LEP sur service-public.fr. Si tu es éligible, ouvre-le en priorité : les intérêts plus élevés feront la différence sur la durée.
Sinon, ouvre un Livret A dans ta banque habituelle ou dans une banque en ligne. Toutes les banques françaises le proposent, c'est gratuit, ça prend 10 minutes.
Ton livret est par nature séparé de ton compte courant. Profite-en pour l'oublier au quotidien : moins tu le vois, moins tu es tenté d'y piocher pour un « urgent » qui n'en est pas vraiment un.
Programme ensuite un virement automatique récurrent depuis ton compte courant vers ton livret, le jour de ta paie ou le lendemain. Ça se fait en 5 minutes dans l'app de ta banque, tu n'as plus à y penser.
Le montant n'a pas besoin d'être parfait dès le départ. Commence avec ce que ta différence t'indique, ou moins si tu veux tester. 50 euros par mois, c'est déjà 600 euros en un an. L'important, c'est de rendre l'habitude automatique.
>Un livret ouvert, un virement automatique le jour de la paie. Ton épargne d'urgence se construit sans que tu y penses.
6. Quand tes revenus changent
L'épargne d'urgence est en cours de construction, le virement part tout seul. Reste une question que peu de gens se posent au bon moment : que faire quand tes revenus changent ?
Augmenter les entrées
Malgré tous les efforts du monde, tu ne réduiras jamais tes dépenses à zéro. À moins que tu vives dans une communauté sans argent, mais dans ce cas, tu n'as pas besoin de moi.
Après avoir appliqué tous les conseils, il est possible que tu ne dégages qu'une épargne minimale. Dans ce cas, la seule solution est d'augmenter les entrées.
Plusieurs approches pour ça :
- Revendre. Vinted, Leboncoin, ce qui traîne dans les placards.
- Travailler plus. Un petit boulot d'appoint, une mission ponctuelle, freelancer une compétence que tu maîtrises.
- Renégocier ton salaire. C'est rare qu'on te propose une augmentation spontanément, il faut la demander.
- Changer de boulot dans ton domaine. Un changement de boîte se paie souvent mieux qu'une augmentation interne.
- Se reconvertir dans un nouveau domaine. Plus long, plus risqué, mais parfois le seul moyen de vraiment changer d'échelle.
L'école nous a appris que le travail est récompensé, qu'il suffirait de travailler bien pour que ton travail soit reconnu et qu'on t'accorde une augmentation ou une promotion bien méritée. C'est faux. Une entreprise cherche avant tout le profit, et elle a ses entrées (le chiffre d'affaires) et ses sorties (les salaires). Alors pourquoi payer plus quelqu'un qui accepte de faire plus d'efforts pour le même salaire ? Personne ne se battra pour toi, alors fais-le.
Quand les revenus augmentent
Il y a un phénomène très prévisible : quand le salaire augmente, les dépenses augmentent avec lui. Tu gagnes 200 euros de plus, tu prends un meilleur appartement, tu sors plus souvent. C'est naturel, mais c'est le piège du niveau de vie.
Le niveau de vie s'ajuste vers le haut très facilement. Vers le bas, c'est beaucoup plus douloureux. Comment payer l'école privée des enfants après avoir perdu son emploi ? Ou le cours particulier de piano ?
Bien évidemment, il est tout naturel d'utiliser l'argent qu'on possède. On ne gagne pas pour accumuler, mais pour s'offrir à nous-mêmes et à nos proches une meilleure vie.
Mais à chaque augmentation, il faut refaire les calculs. Si l'augmentation offre un nouveau statut (par exemple celui de cadre), le taux de remplacement chômage tombe autour de 57 %. Les dépenses essentielles doivent alors baisser en proportion pour rester dans les 60 à 75 % qu'on a vus au chapitre Comprendre ses flux.
Et avant de se précipiter à changer d'appartement ou de style de vie, attends la fin de la période d'essai pour éviter toute mauvaise surprise.
À chaque augmentation, reprends l'exercice depuis le début : un nouveau budget avec tes nouveaux chiffres, un nouvel objectif d'épargne, une nouvelle décision consciente sur ce que tu te paies en premier. Le cours est fait pour être rejoué à chaque changement de situation, pas mémorisé une fois pour toutes.
Voici de quoi visualiser ce qui change immédiatement quand tes revenus bougent, à partir des chiffres que tu as saisis :
Ton budget n'est pas rempli. Retour au chapitre Comprendre ses flux pour saisir tes chiffres →
>À chaque changement de situation, reprends depuis le début. Les chiffres changent, la méthode reste.
7. Ma situation
Vérifie chaque point avant de considérer le cours terminé :
Diagnostic
- Trois postes plaisirs les plus lourds identifiés
Marge
- Contrats passés en revue (mutuelle, forfait, assurances)
- Deux plaisirs à garder choisis, un à alléger
- Une piste pour faire rentrer un peu plus (side gig, revente…)
Placement
- Éligibilité au LEP vérifiée sur service-public.fr
- Livret A (ou LEP si éligible, ou LDDS en complément) ouvert et dédié à l'épargne d'urgence
- Épargne cible répartie entre les livrets réglementés selon leurs plafonds
- Épargne d'urgence séparée du compte courant
Automatisation
- Virement automatique mis en place le jour de la paie
- Montant du virement décidé à l'avance, pas « ce qu'il reste »
- Plan pour les prochaines augmentations de revenus
Habitudes
- Règle des 30 jours adoptée pour les achats non essentiels