Construire sans se priver
Gérer son argent — étape 5
Que ce soit pour construire une épargne ou réduire ton crédit, la méthode est la même : trouver quelles dépenses réduire pour dégager une marge.
C'est un peu comme un régime. Si tu en as déjà fait, ou si tu connais quelqu'un qui en a fait, tu connais la chanson. Au début, on est motivé. On fait attention à tout ce qu'on mange, jamais d'écart, on fait du sport deux heures par jour. On atteint l'objectif ! Et là… on reprend les vieilles habitudes.
Ce qu'on fait pour perdre des kilos en trop, on a tendance à le faire avec nos dépenses : adieu restos, adieu café, adieu sorties. Ça tient deux mois. Puis on craque, on se rattrape en pire ! Et l'épargne disparaît dans la foulée…
Un budget qui te fait souffrir ne tient pas dans le temps.
Voyons où tu en es
Ton taux d'épargne, c'est la part de tes entrées qui ne part pas en dépenses. C'est lui qui fait avancer ton épargne d'urgence, et le principal indicateur de la santé de ton budget.
En France, la moyenne nationale est autour de 17 %. Voici où tu te places.
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Voyons où va concrètement ton argent. Le seul plafond strict à respecter, c'est 60 % max en dépenses essentielles. Au-delà, tu ne pourrais plus les couvrir sur ton chômage seul.
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Renégocier les contrats invisibles
Les gros contrats se paient chaque mois sans que tu y penses. Ta mutuelle, ton forfait mobile, ton assurance auto, ton assurance habitation, ta box internet, tes abonnements applis. Beaucoup n'ont pas été comparés depuis leur souscription.
Voici où tu en es aujourd'hui :
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Attaque-les d'abord, ce sont celles qui pèsent le plus dans ton budget.
Bloque une soirée, ouvre ton appli banque, filtre les prélèvements récurrents et note tout ce qui date de plus de douze mois. Chaque ligne devient une action : soit tu appelles pour renégocier (assurances, opérateur), soit tu résilies (abonnements non utilisés), soit tu compares (mutuelle, banque). Compte 20 à 100 €/mois de gains sans changer un seul de tes plaisirs.
Par exemple, les banques en ligne facturent souvent 0 € de tenue de compte, contre 3 à 8 €/mois dans les banques classiques. Le changement est pris en charge par ta nouvelle banque, qui transfère automatiquement tes prélèvements. Ça fait 60 à 100 € de gain sec par an, sans rien changer à tes habitudes.
Choisir tes plaisirs
Trois mécanismes te font dépenser sans que tu décides : la fréquence, la tendance, la flemme. Ils se cumulent : un café quotidien coche souvent les trois à la fois.
La fréquence
Se prendre un burger pour se réconforter après une journée épuisante, ça reste marginal. Un burger tous les jours, ou même toutes les semaines, c'est une autre dépense.
Les choses qu'on fait fréquemment deviennent des automatismes. L'intention s'efface. On a toujours fait comme ça, donc on continue. Ces habitudes cachent aussi d'autres dépenses : quand on passe au supermarché chaque jour après le boulot, on repart avec des trucs dont on n'a pas besoin.
La tendance
Ça t'est sûrement arrivé d'acheter sur un coup de tête, parce que tu étais dans un magasin en pleines soldes et que tu ne pouvais pas passer à côté. Sur le moment, tu pensais faire des économies. Une fois franchi le pas de la porte, tu regrettes déjà.
Il y a une variante plus douloureuse : les tendances à cycle court. Un objet fait le tour des réseaux sociaux, tout le monde le veut en même temps, il est en rupture partout. Tu arrives enfin à mettre la main dessus, un mois plus tard… la tendance est passée, dommage… bon, tu retenteras pour la prochaine tendance ?
La flemme
C'est le prix qu'on paie pour ne pas faire l'effort. Et les entreprises l'ont bien compris.
C'est une des raisons du passage massif à l'abonnement, notamment pour les logiciels : on paie une fois, consciemment, puis on oublie. Les plus vicieuses cachent même le bouton résiliation. On fait le tri : on garde uniquement les abonnements utilisés dans les 30 derniers jours.
Et si tu dépensais avec intention ?
Décider consciemment, au lieu de subir l'automatisme de la fréquence, de suivre la tendance ou de céder à la flemme.
Ralentir la dopamine
Il y a un mécanisme qui se joue à chaque achat : de la dopamine avec un effort minime. Que ce soit de nouveaux vêtements, le dernier téléphone ou même une formation, l'achat crée un sentiment de satisfaction. On pense déjà aux compliments qu'on va recevoir, à la satisfaction de commencer une nouvelle activité. Plutôt que de se définir par qui on est, par ses actions et ses pensées, on a tendance à se définir d'abord par ce qu'on a. Pour être un joggeur, on commence par acheter les chaussures adaptées, la tenue technique, la montre, avant même de savoir si on aime courir. L'objet précède l'usage, et parfois le remplace.
Au moment de l'achat, on a l'impression d'avoir fait une action : le premier engagement pour devenir sportif, pour apprendre une nouvelle langue, pour changer de téléphone. Sauf que le seul muscle qui a bougé, c'est le doigt qui valide la commande sur l'appli ou la main qui glisse la carte en boutique.
Il existe plusieurs remèdes à cette gratification immédiate. Ma recommandation (et mon expérience) : retarder la gratification de 30 jours avant d'acheter. Pendant ce mois, si l'objet est lié à une pratique (sport, langue, hobby), commencer avec ce qu'on a. Courir quelques fois avec les vieilles baskets et le jogging qui traînait au fond du placard, mais si, tu sais, celui qui sert de pyjama. Commencer à apprendre une langue avec une app gratuite avant de payer des cours. Si c'est un simple coup de cœur en boutique, il suffit d'attendre. Trente jours plus tard, si on y repense encore, c'est sans doute qu'on en a vraiment besoin. Sinon, l'envie sera passée toute seule.
Qu'est-ce que tu cherches vraiment ?
Pour savoir quoi réduire, il faut faire un pas en arrière et regarder ce qu'on cherche à travers nos dépenses.
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Applique la question à chacune de ces trois lignes : qu'est-ce que tu cherches vraiment à travers cette dépense ? Puis regarde s'il existe un autre chemin pour l'obtenir.
Prenons le restaurant. Quand on y va, on cherche à passer un moment convivial et à bien manger. Première question à se poser : est-ce que le resto est la seule façon d'avoir ça ? Un pique-nique dans un parc, un dîner chez les uns et les autres, une session cuisine à deux. Chacun coche les deux cases, souvent pour bien moins cher, parfois pour un moment plus fort.
L'autre version de la sortie resto, c'est le fast-food. Ici le besoin est autre : manger vite quand il n'y a rien de prêt à la maison. La promesse implicite, c'était aussi « pas cher ». Elle s'est effritée avec le temps, chaque année.
Un plat cuisiné d'avance pour la semaine, un plat tout prêt du traiteur du coin, ou même les restes de la veille réchauffés. Même temps de préparation qu'un aller-retour au drive, souvent à moitié prix.
Pour le shopping, si après les 30 jours tu as vraiment décidé que tu avais besoin d'une nouvelle paire de chaussures, la seconde main coche la nouveauté et fait la moitié du prix. Un prêt entre potes aussi. Un seul objet choisi avec attention te fera plus d'effet que dix pris à la va-vite.
On pourrait multiplier les exemples, ça ne couvrirait pas tous les cas qui te concernent. Maintenant que tu vois le mécanisme, à toi de faire jouer ton imagination pour trouver tes propres postes d'amélioration (qui a dit qu'économiser ne demandait pas de créativité ?). Une fois que tu vois ce que tu cherches vraiment, tu vois aussi qu'il y a plusieurs chemins pour y arriver.
Se payer d'abord
La plupart des gens épargnent ce qui reste à la fin du mois. Le problème, c'est qu'il ne reste souvent rien. Les dépenses ont une tendance très forte à s'adapter au montant disponible.
Se payer d'abord, c'est inverser l'ordre. Dès que ton salaire arrive, tu mets ta part de côté. Avant de payer quoi que ce soit d'autre.
L'argent que tu ne vois pas, tu ne le dépenses pas. Ça ne repose plus sur ta volonté, ça repose sur un système : un virement automatique programmé le jour de ta paie, vers un compte séparé. Le chapitre suivant t'aide à choisir lequel.
>L'épargne, c'est ce qu'on décide de mettre de côté en premier. Le reste sert à vivre.
Sources
- *INSEE, Taux d'épargne des ménages(Comptes nationaux trimestriels, dernière valeur autour de 17-18 % en 2024-2025), insee.fr. Ce chiffre inclut le remboursement du prêt immobilier (compté comme construction de patrimoine).